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Marianna Lanskaya

По русски

Marianna Lanskaya est née à St. Pétersbourg, a fait ses études à l'école de l'Académie des Beaux Arts et ensuite à l'Institut Théâtrale, en 1989 elle se déplace à Rome et continue ses études à L'école d'Haute Couture Coefia, ensuite à partir de 1991 elle travaille en qualité d'assistante de décorateur sur les meilleurs plateaux de l'Europe, en 1992 elle se déplace à Paris pour le travail sur "La Bayadère" de Nouréev en collaboration avec Ezio Frigerio, à partir de 1996 elle travaille comme scènographe pour la Comédie-Française, en 2002 elle organise les premières Saisons Parisiennes à St. Pétersbourg et crée la compagnie théâtrale avec le même nom, en 2004 met en scène son première spectacle Fin de Casanova et en 2006 - deuxième - Glamour à vendre d'après la pièce Bespridanniza....

Marianna Lanskaya organise régulièrement les expositions de ses esquisses théâtrales.

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DIAMANT non taillé

par Margarita Lubarskaya

Marianna Lanskaya crée son deuxième spectacle en tant que metteur en scène. On la connaît déjà par son travail de scénographe pour la Bayadère avec Roudolf Noureev, les Femmes Savantes, à la Comédie-Française et au Luxembourg (Théâtre des Capucins et Festival de Wiltz), ainsi que pour sa scénographie originale de la Bayadère avec Oleg Vinogradov.

La saison dernière, Marianna s'est révélée en tant que metteur en scène. Une femme de son temps, metteur en scène et russe de surcroît: une rareté en France! sa première création, La Fin de Casanova, pièce de Marina Tsvetaïeva, touche profondément le public français. "Cette mise en scène est à la hauteur des intentions des dramaturges contemporaines", s'entousiasme la critique. A l'heur actuelle, Marianna prépare une pièce déjà célèbre par ses représentations précédentes, Bespridanniza, d'Alexandre Ostrovski. Marianna crée non seulement pour la première fois en France ce chef-d'oeuvre de la culture russe du 19ème siècle mais la réinvente : l'action se déroule de nos jours et sous le titre GLAMOUR à VENDRE. Tout un programme...

- Raccontez-nous quand et pourquoi vous avez décidé de devenir metteur en scène?

- La décision de devenir metteur en scène a été mûrie pendant plusieurs années. J'avais toujours aimé le travail de scénographe qui m'avait permis de concrétiser entièrement toutes mes idées. A la création, toutefois les personnages commençaient de s'inscrire dans ces décors et ces costumes, ils se mettaient à vivre, à parler, chanter et danser. Ils se l'appropriaient. Je n'ai jamais réalisé de croquis de mise en scène, personne ne ferait ça mieux que les acteurs eux-mêmes! Mes premières esquisses de mise en scène existaient uniquement dans mon imagination et étaient aussi éphémères qu'un tableau qui n'aurait jamais été peint. J'ai voulu imprimer ces croquis dans la réalité et leur donner la possibilité de sortir au monde. Je me suis naturellement tournée vers le vrai travail avec les acteurs. Comme je n'avais aucune expérience dans ce travail, j'ai appris avec les chefs-d'oeuvre de notre cinéma d'époque soviétique, les films d'Eldar Riazanov, Leonid Gaidai, Gueorgui Danelia, en les regardant des millers des fois et en analysant l'effet de ces films sur les spectateurs.

J'ai parfois du mal à expliquer cela aux acteurs, mais je sens intuitivement quelle impression je veux créer sur le spectateur. Je sais également comment donner la sensation qui habitera le spectateur lorsqu'il quittera la salle et avec laquelle il vivra encore quelques jours par la suite. Je suis devenue metteur en scène en partie parce que le travail de scénographe est un travail silencieux et que j'étais submergée de pensées que j'avais besoin de transmettre aux gens. Ces mots, je les tire de mon personnage préféré, le Baron Münhausen dans le film de Marc Zaharov. A travers les acteurs, j'exprime mes pensées, des sentiments, mon regard sur le monde et il me semble que la métaphore trouve un chemin plus court verx le coeur du spectateur à travers son inconscient. Mes spectacles émeuvent les gens, ne donnent pas de réponse immédiate, la compréhension vient après quelque temps.

- Pourquoi avez-vous arrêté votre choix sur cette pièce d'Ostrovski? Ces oeuvres du 19ème siècle ne sont-elles pas un peu "poussiéreuses"?

- Pourquoi Ostrovski? Dans ce choix il y a une coïncidence magique. Lorsque j'ai cherché un pseudonyme artistique, j'ai décidé ne pas aller trop loin et de fouiller mes origines et mes archives familiales. Au milieu d'une longue liste, j'ai trouvé Lanskaya, le nom de mon arrière grande-mère, qui était elle-même comédienne. Alexandra Alexandrovna Lanskaya a joué tous les rôles feminins d'un dramaturge très à la mode à l'époque, Alexandre Nikolaievich Ostrovski, sur les planches du théâtre dirigé par mon arrière grand-père Victor Victorovich Borovkov-Lubarski. Ils ont tous deux transmis leur connaissance parfaite du répertoire d'Ostrovski à mon grand-père, qui me récitait les monologues des pièces célèbres. En prenant le nom de mon arrière grand-mère, célèbre sur la Volga, je suis devenue sans le vouloir une passeuse de la tradition de ce qu'il y a de plus fort dans le théâtre russe. L'idée de mettre en scène une pièce d'Ostrovski est alors devenue compréhensible, naturelle et comme évidente.

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Alexandra Alexandrovna Lanskaya et Victor Victorovich Borovkov-Lubarski

1909

- Dans vos spectacles, une part belle est laissée à la musique?

- Je me suis sentie très proche de Marina Tsvetaïeva et de sa pièce qui parlaient de la renaissance d'une âme. La poésie de Marina Tsvetaïeva est cette musique indispensable qui m'a toujours manqué dans les spectacles dramatiques. J'ai beaucoup travaillé sur le répertoire lyrique, où la musiqueest le point de départ dramaturgique et fil rouge du spectacle; à l'inverse, dans le spectacle dramatique, seuls le monde intérieur de l'acteur et son interprétation du personnage nous servent d'appui. Pour m'aider moi-même et aider les acteurs, pour créer une atmosphère particulière, j'invente la partition musicale pour mes spectacles. Dans ce nouveau spectacle d'Ostrovski, la musique joue le rôle-clé. J'ai choisi la musique qu'on écoute à la radio, qui nous suit partout où l'on va. Vous serez d'accord qu'en entrant dans un supermarché pour faire ses courses, on ne se laisse pas entraîner par des accords de Prokofiev, mais par nos hits préférés! Les personnages d'Ostrovski, s'ils vivaient dans le monde actuel, écouteraient eux aussi cette musique et vivraient en elle.

- La "Bespridanniza" elle-même a-t-elle subi des changement?

- La pièce est restée la même, je n'ai changé ni la dramaturgie ni les personnages décrits par Ostrovski. Ils parlent avec les même mots, ressentent les même sentiments qu'au 19ème siècle, mais endossent les traits de nos contemporains. Par exemple, le petit fonctionnaire Karandychev devient comte, ce qui me permet de toucher le thème sensible de la noblesse française qui a perdu son statut dans la société moderne car elle endure avec grande difficulté la concurrence imposée par la forte réussite de la nouvelle bourgeoisie et des magnats industriels incarnés par des Knourovs. La métamorphose de Karandychev, qui rejoint Paratov par sa beauté et ses qualités intellectuelles, fait osciller le conflit uniquement sur leur différences de comptes bancaires. Paratov demeure plus intéressant aux yeux de la mère de Larissa, Ogoudalova, une dame de la haute société, habituée à la richesse et au luxe. Vogevatov, ami d'enfance de Larissa, est un typique jeune cadre dynamique, l'un de ces hommes d'affaires qui remplissent les bureaux des gratte-ciel de la Défense. Robinson incarne une cruelle remarque (seulement une remarque?) sur le statut actuel des artistes en France. Tous les personnages de la pièce représentent les figures remarquables de la société française actuelle que j'au eu la chance de découvrir et de connaître assez bien pendant 15 ans de vie en France.

 

- Vous avez donné un nouveau titre à la pièce : "Glamour à vendre". Quel sens donnez-vous à ce mot à la mode, "Glamour"?

- Glamour à vendre : le sens immédiat de ce titre nous renvoie à l'image de la pierre précieuse le plus glamour, le diamant, qui non seulement nous éblouit de sa beauté et reste le gage universel de la fidélité et de l'amour, mais en même temps se vend dans les magasins les plus chres....L'héroïne principale de cette pièce, "DIAMANT brut, NON taillé" est une jolie jeune femme, naïve et joyeuse. Au fond l'intérêt que lui porte Knourov reflète exactement cette attitude:le diamant doit être taillé et nécessite une bonne monture, et cette attitude vis a vis de la femme règne de plus en plus dans le monde actuel. Tout les héros de la pièce ont des vues sur cette pierre non taillée, car ils voient en elle un futur diamant. C'est dans cet éclat que veut briller le fiancé de Larissa, Karandychev, et c'est toujours cet éclat que l'ancien amoureux de Larissa, Paratov veut posséder, ne serait-ce qu'une minute. Son ami d'enfance, Vogevatov, pâle témoin de la bagarre pour ce diamant brut, reste à l'ombre en trahissant le meilleur des sentiments, l'amitié. La mère de Larissa, Ogoudalova, veut ranger le mieux possible son diamant, mais l'héroïne elle même vole comme un papillon à la lumière de son amoureux, qui la prive de raison... ainsi s'arrête la quête de liberté de notre pierre non taillée, qui ne deviendra jamais un diamant!

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- Parlez-nous de votre travail avec les acteurs qui jouent dans votre spectacle?

- Je monte ce spectacle uniqument avec les acteurs français, qui ne connaissent ni le monde d'Ostrovski, ni la Russie. Je ne cherche pas en si peu de temps à combler ce manque. Ezio Frigerio, mon maître et professeur de scénographie, m'a appris à l'époque le principe fondamental de la création : "Si tu a du goût, fais comme tu veux, de toute façon ce sera beau!" Comme un peintre je vais du globalaux détails. Je demande au début aux acteurs de sentir l'atmosphère et le tempo du futur spectacle - son esprit - qui est différent pour chaque nouveau spectacle. Je garde en tête un principe fondamental : "Fais, essaie avec tes propres sentiments, et tu comprendra pourquoi plus tard". Par la suite, pendant les improvisations, des mises en scène libres, j'entrevois les étincelles trouvées par les acteurs, qui correspondent à ma ligne générale du spectacle, et c'est à ce moment-là que, comme un sculpteur, je garde ce qu'il faut, élague ce qui est superflu et commence à sculpter mes personnages et les interactions entre eux. Cette approche demande beaucoup de patience et de confiance de la part des acteurs ainsi qu'une grande concentration de ma part. Le spectacle naît sous mes yeux, et quand les acteurs me rendent les émotions que j'ai aperçues et vaguement ressenties auparavant, dans l'âme naît alors cette magnifique sensation de bonheur qui confirme que cela vaut la peine de continuer.

- Pourquoi votre choix s'est-il arrêté sur le centre culturel renaissant à Montreuil, connu comme studio de cinéma Pathé-Albatros?

- L'histoire de ce centre est pleine de romantisme, ce qui correspond à l'époque romantique du 19ème siècle - l'époque de la création de la pièce. J'ai appris qu'après la révolution de 1917, les fameux studios de cinéma de Ermoliev-Pathé ont émigré en France à bord d'un bateau, l'Albatros, et ont trouvé une seconde patrie dans les murs de ce centre à Montreuil. Cette époque a marqué la grande gloire de cinéma muet avec Ivan Mozguhin et Charlie Chaplin qui y a tourné ses premièrs films. Aujourd'hui, ce centre se reconstruit avec Lucien et Lily Chemla, et accueille en ses murs l'Académie Internationale des Arts Dramatiques, basée sur la Commedia dell'arte et sous la direction de Carlo Boso, metteur en scène italien de renommée internationale et fer de lance d'une nouvelle scène théâtrale. Cette intersection des cultures russe et italienne dans le centre culturel français correspond à mon esprit d'échange de cultures différentes.

Propos recueillis par Margarita Lubarskaya

Paris - Copenhague - St.Pétersbourg, 2005

Publié par www.rusmysl.com

 


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